À l'occasion du Reel Rock Tour (plus de 2000 personnes à l'étape de San Diego !) et à quelques semaines de l'arrivée du très attendu King Lines sur le marché européen, voici une interview exclusive d'un deux réalisateurs, Josh Lowell. 
Josh Lowell. Faire des films d’escalade : est-ce ton travail à temps plein ? Faire des films m’occupe en effet à temps plein. Je fais cela depuis une dizaine d’années et je suis capable d’en vivre depuis 5 ans. Il m’a fallu beaucoup de travail et de temps avant de pouvoir gagner de l’argent avec cette activité. Aujourd’hui, je considère ces cinq premières années comme une école (gratuite !) de cinéma. J’ai appris beaucoup et j’avais un public enthousiasme qui m’a encouragé à persévérer. Néanmoins, entre les films d’escalade, je travaille également comme caméraman et monteur dans les milieux du sport, de la mode et de la musique.
Peux-tu préciser comment t’est venu le goût du cinéma ? Comme je l’ai dit, je n’ai pas suivi d’école de cinéma. J’ai étudié la géologie ce qui me permet de savoir sur quoi je grimpe et ce que je filme. Mais, mon père étant cinéaste, j’ai grandi avec des caméras partout autour de moi et, assez jeune, j’ai commencé à développer un œil pour cela. J’ai commencé à filmer plus sérieusement quand une blessure à un doigt a arrêté net ma carrière de grimpeur. La grande partie de ce que je sais de la réalisation, je l’ai appris de mon père et sur le tas, en faisant des essais et des erreurs.  Patience : encore quelques semaines avant de découvrir King Lines...
As-tu encore le temps de grimper ? J’ai un peu de temps durant l’hiver. J’habite à New-York où il y a pas mal de possibilités en bloc, et des bonnes conditions en hiver, quand il ne neige pas. Quand je suis en voyage pour des tournages (généralement en automne et au printemps), je grimpe peu. Pourtant les conditions sont généralement excellentes, du coup ce sont les pros qui grimpent et je les filme. Pour moi, c’est très difficile de grimper et filmer à la fois. Habituellement, je choisis l’un de deux et j’y concentre toute mon énergie. Je parviens tout de même à grimper quelques demi-journées dans chaque endroit que je visite !  Josh, Peter (Mortimer, coréalisateur de King Lines) et Chris Sharma. Quels sont tes procédés pour lutter contre le P2P (téléchargement) ? En tant que consommateur, j’estime que les réseaux P2P ou les sites de visionnage comme YouTube sont cool. En tant que producteur, c’est un défi de plus à relever pour mon business. Il y a beaucoup de clips extraits de mes films qui ont été uploadés sur YouTube sans ma permission. D’un côté, c’est bien de savoir que certains de ces extraits ont été vus 50 000 fois, surtout quand on sait qu’une partie de cette audience n’est pas des grimpeurs et que l’on peut donc atteindre un nouveau public. D’un autre côté, si nos clients téléchargent tous nos films gratuitement, on ne pourra pas continuer à faire des films puisqu’on est dépendant des produits de la vente des DVD pour nous rembourser ce que l’on a dépensé sur la réalisation de ces films. En ce moment, on envisage l’ouverture d’une chaîne sur YouTube pour diffuser certains clips que l’on souhaite partager, sans pour autant montrer les meilleures parties des films. Le problème du contrôle des uploads non autorisés sur YouTube est que, en tant que producteur, vous devez vérifier sans fin. Quand vous repérez quelque chose, vous envoyez une lettre pour qu’on retire le clip. Je l’ai fait plusieurs fois, mais il réapparaît rapidement. La bataille est perdue d’avance… Après, il y a beaucoup de batailles judiciaires en cours contre YouTube, on verra bien comment le système évoluera. Je comprends totalement pourquoi les gens veulent accéder gratuitement à des vidéos à travers ces sites ou les réseaux P2P. Mais les grimpeurs doivent également comprendre que agir ainsi risque d’anéantir notre capacité de produire des films de haute qualité. Si on ne peut plus vendre assez de DVD, la seule possibilité de financement de nos projets passera par le développement du sponsoring et le partenariat avec des marques. C’est peut-être vers cette voie que nous devrons aller. Mais cela ne sera pas sans conséquence sur le contenu des films. Si les entreprises investissent plus d’argent dans nos films, elles voudront, en échange, en contrôler davantage le contenu, et faire passer un message commercial plus impactant. Au final, notre public devrait s’attendre à quelque chose de différent de ce qu’il a aujourd’hui.
Combien de temps pour faire Dosage IV ?
Ce film nous a pris un an. La première scène que l’on a tournée était
Chris Sharma essayant Dreamcatcher en juillet 2005. En juillet 2006, on
essayait de terminer le montage final.
Quel budget pour ce film ?
Trop ! Les vols pour le Canada, la Californie, le Texas, la Suisse ou
encore pour le Royaume-Uni, les dépenses locatives, les imprévues de
dernière minute, le coût de la post-production, de la musique ou encore
de la duplication de DVD… Nos sponsors, prAna, Petzl et Entre Prises
nous aident pour certaines dépenses mais la plupart vont encore sur nos
cartes de crédit.  Quelle est ta séquence favorite dans Dosage IV ? Il y en a deux : Two in day (Tommy Caldwell sur El Capitan) et Return to Swizzy (Dave Graham, Chris Sharma et Randy Puro sur les blocs de Ticino). Filmer les scènes de Two in a day était une expérience incroyable. 5 caméramans suivaient Tommy qui enchaînait en libre le Nose et Freerider dans la journée. Ainsi, tout a été filmé en temps réel, sans pose ni répétition. Le sentiment qui s’en dégage pour le spectateur est, je crois, à la fois intime et très réel. Vous êtes réellement avec Tommy alors qu’il accomplit l’un de projets les plus fous qui soit. Pour Ticino, j’aime cette séquence car elle montre une tonne de nouveaux blocs et de premières ascensions. En outre, je pense qu’il est vraiment intéressant de voir les différents styles d’escalade de trois experts en bloc. Chris enchaîne des problèmes puissants et physiques, Dave des problèmes très à doigts ou des blocs bizarres, et Randy, des blocs délicats, techniques et certaines fois expos.  L'un des musiciens du dernier King Lines est bien accompagné...
À part les films d’escalade, quel genre de cinéma apprécies-tu ? J’aime les films différents, originaux, qui sortent de l’ordinaire. De manière générale, je n’apprécie guère les productions hollywoodiennes.
Merci à Josh d’avoir répondu à nos questions. Traduction : Florent Wolff Photos © Big UP Productions Le blog de Big Up Productions. Une itw audio (en anglais) de Josh Lowell sur Podclimber.com
English version
How long does it take to make Dosage IV ? Dosage IV took one year to make. The first thing we shot was Chris trying Dreamcatcher in July of 2005. By July of 2006 we were trying to finish the edit.
What's the budget of such a movie ? Too Much! We flew to Canada, California, Texas, Switzerland, and England to shoot. Location expenses add up quick, plus post-production, music licensing, and DVD duplication. Our sponsors, prAna, Petzl, and Entre Prises help with some of the expenses, but a lot still goes on the credit cards.
Is that your full time job (time to climb ?) ? Did you follow cinema studies ? Making climbing films is pretty much my full time job. I've been doing it for 10 years, and I've been able to live from it for about 4 years now. It took a lot of dedication and patience before I made any money, but I think of my first few years as free film school - I learned a lot and had an enthusiastic audience along the way. Between the climbing film projects I also do freelance work as a cameraman and an editor in the sports, music, and fashion industries. Usually in the winter I have some time to climb. I live in New York, where there is lots of bouldering, and good cold conditions in the winter when it doesn't snow. When I'm travelling on shoots (usually the spring and fall) I only get to climb a little, because whenever the conditions are good the pros are climbing, which means I am filming. It's very difficult for me to both climb and film, I usually have to choose one or the other and focus all my energy. I usually get in a few half-days at each spot we visit. I didn't go to film school. I actually studied Geology in college, so I know a lot about the rocks we climb on and film. My father was a cinematographer and filmmaker, so I grew up around cameras and developed an eye from a young age, but I never had any formal training. I didn't start filming seriously until a finger injury stopped my climbing career. Most of what I know about filmmaking has either come from trial-and-error or things I've picked up along the way from my father.
How are struggling against P2P ? Well, as a consumer I think p2p networks and media sites like youtube are cool, but as a producer they are making business more challenging. At the moment there are many clips from my films that have been uploaded to YouTube without permission. On one hand, it's cool to see that fifty thousand people have watched certain clips, especially knowing that many of these people are not climbers, and maybe we are reaching a new audience and helping spread excitement about climbing. On the other hand, if our audience ends up downloading all our movies for free, it will be impossible for us to continue making films, since we rely on DVD sales to make back the money we spend on producing the films. At the moment we are planning to open our own channel on YouTube to broadcast certain clips that we want to share, but not to give away all the best parts. The problem with controlling the unauthorized uploads on YouTube is that as a producer you have to check all the time, and whenever somebody uploads something, you have to write a letter to get it taken down. I've done that several times but the clips always go back up shortly after. It seems like a losing battle. However YouTube has many huge lawsuits against it, so we'll see if they change their system. I can totally understand why people would want free access to videos through YouTube and P2P networks, but climbers should realize that it could eventually destroy the ability of producers like us to continue making high-quality films. If we can't sell enough DVDs, the only other way to fund projects would be through major corporate sponsorships. This may be the way things are heading in the future, but there is a trade-off, as any company investing enough money to fund a film will also want to control the content and deliver a strong commercial message, so the audience will be getting something different than what they are getting now.
What's your favorite sequence in Dosage IV ? My favorite sequences are Two In A Day (Tommy Caldwell on El Capitan) and Return to Swizzy (Dave Graham, Chris Sharma, and Randy Puro bouldering in Ticino). Shooting Two In A Day was an incredible experience - we had five cameramen documenting Tommy's 24-hour marathon, free-climbing both The Nose (5.14a) and Freerider (5.12d) in a day. Everything was shot real-time, with no repeats or posing. The feel is very intimate and real, like you are right there with Tommy as he's pulling off one of the craziest climbing feats ever. I also like the Ticino bouldering piece because it shows first ascents of tons of incredible new boulders, and I think it's really interesting to see the different styles and strengths between Chris, Dave, and Randy - three master boulderers with incredibly different ways of climbing. Chris sends the raw power probs, Dave sends the crimps and funky probs, and Randy grabs the delicate, technical, and scary ones.
What's the kind of movie you appreciate (except climbing films) ? I like unusual, creative movies. I have no interest in typical Hollywood films, I'm only interested in seeing something new and different, not the usual formulas. |