| Katie Brown |
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Quelques mots avec Katie Brown, grimpeuse surdouée des années 90 qui poursuit sa trajectoire avec beaucoup d’intelligence et de passion.
(photo Ben Moon )
Tu es connue en France pour tes 8b « à-vue » (Omaha Beach à RRG ou Hidrofobia à Montsant). Qu’est-ce que ces perfs ont représenté pour toi, car tu étais très jeune à l'époque ?
Bon, sur le moment, je ne me suis pas bien rendu compte de ce que je venais de faire, ni du fait que je venais de casser une barrière dans les cotations. Et puis il faut dire que les deux voies ont immédiatement été décotées après mes réalisations, ce qui a eu pour effet de calmer instantanément l’excitation qu’elles avaient suscitée en moi, comme si tout cela ne signifiait rien de particulier pour personne. Bien que leur cotation ait été revue à la baisse, ça reste pour moi une expérience unique et ce sont des événements dont je me souviendrai à jamais. Et mine de rien, il n’y a pas tant de personnes qui ont fait ça !
Katie Brown dans Tombstone, Moab
(photo Cory Richards )
On dit souvent de toi que tu es une lactate, une bête de continuité qui grimpe très lentement et ne tombe jamais. Est-ce que tu as cherché à faire évoluer ton style ? Est-ce que tu aimes aussi les voies de force et le bloc ?
Je suis trop nulle en bloc et définitivement je dois dire que je ne me fais pas autant plaisir en bloc que dans les voies. Je ne sais pas si c’est uniquement lié à mon niveau de force qui ne me permet pas de faire des choses aussi dures qu’en voie, mais c’est sûr que je n’en retire pas autant de satisfaction. Quand je vais faire une session de bloc, j’apprécie quand même, même si c’est un peu éloigné de mon univers. Mais rapidement, je trouve ça trop court et je me dis que je préfèrerais être plus haut au-dessus du sol. Et puis souvent, je ressens de la frustration à essayer encore et encore un même mouvement que je ne parviens pas à faire, assise par terre à tenter de décoller ! À mes yeux, il n’y a pas en bloc la sensation de fluidité que je peux trouver dans les voies (dans ma pratique en tout cas).
Katie en 2005 lors de la préparation pour Leaning tower, Yosemite
Est-ce que ton expérience compétitive a changé ta vision du monde ? Qu’est-ce que tu y appris sur toi-même ? Si tu pouvais revenir en arrière, est-ce que tu changerais quelque chose ?
Pour être tout à fait honnête, il y a une foule de choses que je voudrais changer si je pouvais remonter le temps mais elles me sont personnelles, donc je les garde pour moi. Mais c’est vrai que toutes ces expériences m’ont changé et j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur les autres à cette occasion. Au début, j’étais très détachée, très nonchalante en compet’, mais maintenant je me sens nerveuse rien qu’à l’idée de me confronter à autrui et je n’en retire aucun plaisir. Avant, la confrontation me tirait vers le haut et me faisait essayer les voies avec plus d’énergie que si j’avais été seule. Mais maintenant, ça me gâche tout simplement le plaisir de l’escalade. Peut-être un jour, je serais capable de me confronter aux autres juste pour la camaraderie, l’émulation et le challenge. J’espère. Quelle est ta vie maintenant ? Tu es une grimpeuse pro ? Oui, je suis pro dans le sens où j’ai différents partenaires (Prana, Black Diamond, 5.10, Clif Bar et les montres Zodiac) qui m’aident à vivre ma passion, à poursuivre ma pratique de l’escalade en falaise et qui me permettent de visiter de beaux endroits. Mais j’ai un boulot à côté : je travaille pour Momentum Video Magazine. Je pense de toute façon que je me lasserais rapidement si je ne faisais que grimper, donc je m’occupe l’esprit intelligemment et je cherche à rester active dans des jobs à mi-temps qui me laissent aussi la possibilité de grimper.
Katie à Moab
Tu as écrit un livre d’escalade : Vertical world ("conversations with today’s masters of rock"). Tu peux nous en dire quelques mots ?
Avoir écrit un livre est la réalisation dont je suis la plus fière. Voir mon nom imprimé en couverture a été de loin plus satisfaisant que grimper n’importe voie. J’ai toujours rêvé d’écrire et ça m’a pris du temps et beaucoup de travail mais quand c’est devenu concret, ça a été spécial pour moi. Je pense aussi que c’était important que les performances des meilleurs grimpeurs actuels soient illustrées d’une manière ou d’une autre.
En 2005, toi et Lynn Hill, vous avez fait cordée pour réaliser la première ascension féminine en libre de la Face ouest de Leaning Tower au Yosemite (longueurs jusqu’à 8a+). Comment ça s’est passé ?
Grimper avec Lynn est toujours une expérience instructive et agréable. J’ai beaucoup appris à son contact. Elle rend les choses si simples et sait toujours exactement comment faire pour forcer le moins possible dans chaque mouvement. C’est hallucinant. Grimper Leaning Tower, c’était vraiment particulier pour moi parce que j’ai toujours aimé cet endroit. J’aime le dévers qu’il y a et l’escalade est y variée et intéressante. C’était sympa de monter là tous les matins et même de se taper la remontée au jumar pour atteindre l’escalade là où on l’avait laissée ! C’était paisible et il y avait une superbe vue : on englobait toute la vallée. Voir une vidéo de Katie dans Playing hooky à Moab ici et une autre avec Lynn Hill dans Leaning tower
Plus d’infos sur Katie, voir son site
Merci à Katie d'avoir répondu à nos questions !
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