Itw Alberto Gnerro
par EscaladeMag le jeudi, 11 mars 2010   

Retrouvez ici l’intégralité de l’interview consacrée au grimpeur italien Alberto Gnerro dans notre numéro de février . Ainsi qu’une vidéo dans SS26, sa voie extrême à Gressonney (Val D’Aoste).

 

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Alberto Gnerro, Il « Dottore » !

À quarante ans passés, le grimpeur italien Alberto Gnerro n’en finit pas d’impressionner, d’un côté des Alpes comme de l’autre. Voies dures en falaise, ouvertures en compétitions internationales, équipement forcené : le bon Docteur aurait-il trouvé la recette de la longévité ? Pour le savoir, nous avons sollicité une petite consultation !

 

D’où te vient ce surnom, Dottore Gnerro ?

Je ne sais pas trop, ça me vient sans doute de ma passion pour l’entraînement et pour la planification. En tout cas, ça fait longtemps que mes copains d’escalade m’appellent comme ça : Il dottore, le docteur. Au début, ça me faisait un peu bizarre d’être affublé d’un tel surnom mais maintenant ça me plait.

 

Question hautement philosophique : saurais-tu dire pourquoi tu grimpes ?

Je crois qu’il n’y a pas de raisons particulières. C’est surtout l’instinct qui t’amène à faire certains choix. J’ai commencé l’escalade en 1986, après avoir vu un film de Patrick Edlinger comme beaucoup de grimpeurs de notre génération probablement. Patrick Edlinger et son film Opéra Vertical ont mis le feu aux poudres. Il a été mon grand inspirateur. Je venais de la compète de ski mais à peine avais-je découvert l’escalade que j’arrêtais complètement pour me dédier à fond à ma nouvelle passion. J’ai commencé à grimper un peu le week-end et rapidement aussi, à m’entraîner.

 

Tu es ouvreur international en compétition, après avoir été longtemps de l’autre côté de la barrière. As-tu le sentiment que le niveau et le style ont beaucoup évolué ?

Concrètement, j’ai arrêté la compète en 2003 après les Championnat d’Europe à Lecco où j’ai fini 6e. Depuis, le style des voies n’a pas guère changé. Celles-ci sont sans doute un peu plus dures mais c’est surtout la manière de grimper des compétiteurs qui a évolué, la manière de gérer l’effort. L’épreuve reine, la difficulté, devient presque comme une compète de vitesse. Pour avoir une chance d’arriver au sommet des voies, il faut grimper très vite pour s’économiser.

 

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Est-ce que ça t’a fait progresser d’ouvrir ?

Ouvrir pour moi, c’est toujours un défi. J’en profite pour voir où j’en suis, pour observer le niveau des grimpeurs qui sont au top actuellement. Pour ouvrir efficacement, je crois qu’il faut se maintenir à un très haut niveau, sinon tu passes complètement à côté. Tu proposes des voies qui sont ou trop dures, ou trop faciles, parce que tu projettes sur les grimpeurs un niveau qui n’est pas le leur. C’est pour ça qu’avant les ouvertures, je cherche à garder la forme. À grimper en salle, à m’entraîner tous les jours, à ouvrir le plus possible et à imaginer toujours quelque chose de nouveau.

 

Tu as connu l’époque où il n’y avait pas de structures très développées pour s’entraîner. Aujourd’hui avec l’explosion des salles, c’est très différent. Le boom des SAE, ça te semble une bonne chose ?

Naturellement ! Je me souviens, au début, mon seul entraînement, c’était la poutre pendant la semaine et la falaise le week-end, si le temps le permettait (en Italie c’est souvent le cas). Maintenant, il y a beaucoup de salles d’escalade, en France et un peu partout en Europe, y compris dans mon pays. C’est donc un peu plus facile pour commencer à grimper et pour de s’entraîner. Et c’est surtout beaucoup plus amusant qu’avant, franchement moins rébarbatif que la poutre. La salle d’escalade en ville, c’est l’une de meilleures choses qui soient, pour faire connaître l’escalade à tout le monde et la populariser.

 

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Est-ce que les notions de transmission et de partage sont importantes pour toi ?

Bien sûr, c’est très important de partager ton expérience de grimpeur avec les autres. Actuellement, j’entraîne de jeunes grimpeurs qui font de la compète au niveau national. Ils sont très motivés pour progresser et ça me fait plaisir de les voir évoluer. J’aime bien transmettre mon expérience, surtout pour éviter qu’ils commettent des fautes que j’ai pu faire au début avec un entraînement un peu empirique. Mais pour moi, le plus important, c’est de les motiver pour l’escalade dehors, sur le rocher. Pour rester motivé longtemps, je crois que la résine ne suffit pas, il faut aller à l’origine de la pratique, l’escalade en extérieur. C’est pour ça que je les amène avec moi pour leur faire connaître la falaise.

 

Tu sembles être un grimpeur qui traverse les époques sans subir le poids des années. Comment ont évolué ta pratique et ta motivation au fil du temps ?

Au niveau motivationnel, c’est une chose incroyable pour moi d’être encore là après un quart de siècle d’escalade à fond. Je crois que ma force, c’est d’être capable de me créer toujours de nouveaux projets. Au début, c’était la falaise puis la compète, puis enfin l’équipement de nouvelles falaises, en ouvrant des voies les plus dures possible. Maintenant, je me sens toujours en vie et je rêve de retourner à la compète, je m’entraîne même pour ça ! Je sais que ça peut paraître un peu bizarre à quarante ans passés. Un exemple de motivation et de longévité pour moi, c’est le grimpeur français Jacky Godoffe avec lequel j’ai ouvert plusieurs compètes internationales. Il est incroyable et quand je le vois, je me dis que l’escalade, c’est formidable. Ça nous offre la possibilité de vivre les choses comme des gamins, avec le même enthousiasme !

 

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Tu équipes toujours beaucoup en falaise. Est-ce une manière de laisser une trace ? Equipes-tu pour toi ou pour les autres ?

J’ai commence à équiper des voies dès mes débuts en escalade. Ça a toujours été une passion pour moi que de découvrir et d’ouvrir de nouvelles lignes. Bien sûr, c’est une manière de laisser une trace de mon passage. Mais je n’équipe pas seulement des voies extrêmes. J’aime bien équiper de nouvelles falaises, avec des voies de tous les niveaux. Quand j’ouvre une falaise, pour moi ça devient presque comme une mission. C’est de la folie, je ne peux pas m’arrêter, même si ça me demande beaucoup d’énergie et qu’il faut sacrifier la forme et des journées où je pourrais simplement grimper pour moi. C’est très fatiguant mais quand j’ai fini mon travail, j’ ai une satisfaction énorme, celle de voir les autres s’amuser en essayant les voies que j’ai équipées ! 

 

Est-ce que tu voyages aussi pour grimper ? Ou préfères-tu te consacrer à ce qu’il y a sur place ? Si oui, est-ce un choix ou une nécessité ?

En Italie, j’ai fait beaucoup de voies dures, à vue et après travail. Mais je ne suis pas grimpeur professionnel et alors je ne voyage pas trop ou si je le fais, ça ne représente que quelques jours dans l’année. Quand je suis en France ou en Espagne, je préfère normalement grimper à vue. C’est difficile pour la motivation d’essayer des voies très dures si tu n’as que quelques jours devant toi et si tu sais que tu ne pourras pas retourner immédiatement dans la voie si tu ne l’enchaînes pas. Et puis, pour moi l’essence même de l’escalade, c’est le à vue. C’est ce qui me stimule le plus. Je crois qu’à mon age, le plus important, c’est de s’amuser, de rester en forme et surtout de se trouver de nouveaux challenges !

 

Merci à Alberto !

Propos recueillis et remis en forme par L. Guyon

Photos (L'imperatore del sole) : collection A. Gnerro

 

 

 




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