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Olivier Marinx est à la tête du plus grand réseau français de salles d’escalade, Altissimo. En tout, 7 structures réparties dans le grand sud-ouest de la France, entre Toulouse, Montpellier et Avignon. Rencontre avec un businessman qui n’a pas le blues.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis né à Bruxelles en 1965. 1.82 m, 75 kg. Après des études classiques jusqu’à l’obtention de mon bac S, j’ai entamé des études de chimiste et j’ai terminé par un doctorat en Sciences, spécialité biologie moléculaire. Un métier de chercheur absolument passionnant qui m’a amené à venir travailler à Toulouse en 1992.
Altissimo est l’une des première SAE à cordes en France, qu’est-ce qui t’a donné l’idée de créer cette salle ?
Ce n’était pas vraiment une idée dans le sens où je n’ai rien inventé… je connaissais déjà quelques salles d’escalade en Belgique et je pratiquais moi-même l’escalade à la salle Terres-Neuves. C’est en observant Isabelle Dorsimont et Marc Bott, les responsables de cette salle (ouverte en 1987 ! de vrais visionnaires !) que l’envie d’en faire un projet de vie m’est venue. Il me fallait néanmoins relever un défi: rendre une salle d’escalade suffisamment rentable pour pouvoir en vivre et se développer. Car les salles belges sont majoritairement des associations, donc subventionnées et non assujetties à la TVA.
Il fallait développer un concept plus ouvert sur la pratique, plus ludique de manière à élargir notre potentiel de clientèle.
Quel regard portes-tu sur l’évolution de l’escalade ?
Très positif. La pratique n’est plus réservée à une élite d’introvertis mais s’est réellement ouverte à tous. Tout le monde peut essayer l’escalade de nos jours. Après, on adopte ou pas ce sport, qui même en salle, reste très exigeant si l’on veut progresser mais que l’on peut aussi pratiquer tout simplement pour se détendre et se divertir.
Aurais-tu imaginé en 1995 que l’escalade évoluerait dans ce sens ?
Oui, j’y ai toujours cru, en tout cas dans le cadre de notre concept. Permettre à plus de personnes de découvrir la pratique, ça ne peut forcément qu’amener plus de pratiquants réguliers. Je n’ai absolument aucun à priori sur les grimpeurs de salles ou les grimpeurs de falaises. Ce débat est obsolète, et il n’y a que des esprits sclérosés pour y voir opposition. Personnellement, j’aime autant la salle que l’extérieur, cela dépend de la météo, de l’intérêt de la falaise et de la qualité de la salle… Ces deux pratiques sont complémentaires, peuvent se vivre indépendamment et correspondent à certains besoins et à certains moment de votre vie.
L’escalade a-t-elle, de ton point de vue, de nombreuses perspectives de développement ?
La pratique peut encore être très largement développée. Il suffit de voir le peu de salles qui existent dans la majorité des grandes villes européennes. Je pense vraiment qu’il peut s’agir d’une nouvelle forme de « fitness », une manière différente de s’entretenir le corps et l’esprit.
De la fabrication des prises à l’accueil des clients en passant par la construction des structures, Altissimo maîtrise toutes les étapes, quels avantages l’entreprise en dégage-t-elle et quelles en sont les limites ?
L’avantage c’est que cela nous a permis de créer un concept. La salle est construite selon nos exigences (profils, organisation spatiale, flux des clients, etc…) et la maintenance de la SAE est permanente. Mise en place de volumes, renouvellement des prises… Nous avons été beaucoup critiqués car nous n’avons que des prises Altissimo. C’est vrai… mais le résultat c’est que nous injectons 1000 à 2000 nouvelles prises tous les deux ans sur chaque site, lors du renouvellement de la gamme Altissimo. Quelle autre salle peut s’en vanter ?
L’avantage aussi, c’est que cela nous rend plus performant. Les erreurs faites sont rapidement analysées… et le retour sur les différents services concernés, quasi instantané.
L’inconvénient de maîtriser le chaîne du début jusqu’à la fin c’est très probablement d’en oublier d’innover. Mais nous y veillons…
Récemment, une salle Altissimo s’est ouverte à l’Odysseum de Montpellier, le temple du loisir et de la consommation, quelles différences notoires en matière d’approche de la discipline et de pratique as-tu pu constater chez les clients ?
Temple du loisir et de la consommation… voilà bien un propos de grimpeur ! Odysseum c’est un pôle culturel et ludique où sont regroupés certains loisirs et un futur grand centre commercial. On y trouve de l’escalade, du Bowling, du Karting, un Laser Game, une Patinoire olympique, un Aquarium géant, un Planétarium, un complexe cinématographique et plein de restaurants. Le tout accessible en tramway, le mode de locomotion mécanique urbain le plus écolo. Cela pose un problème à qui ? Personne ne force quelqu’un à s’y rendre, ni à consommer. Par contre cela nous a ouvert une énorme fenêtre sur le grand public. En passant, ce public voit la salle et veut essayer ! C’est là toute la raison de mon projet de 1995 : faire connaître ce sport au plus grand nombre et si possible, créer des vocations. En cela, Odysseum, plus que tous nos autres sites, est parfaitement réussi et j’en suis fier.
Penses-tu que le développement des SAE en milieu urbain pourrait créer une scission entre ceux qui grimpent dans les salles et ceux en milieu naturel ou au contraire renforcer la synergie ?
Je n’en sais rien et j’avoue que cela m’est égal. C’est absolument sans intérêt. Pour les gens ouverts aux autres, il s’agira d’une synergie…pour les autres une scission. Je suis pour la synergie.
Le réseau de salles Altissimo est le plus grand de France, quelles sensations cela fait-il d’être leader sur ce créneau et quels écueils aimerais-tu ne pas connaître ?
Mon objectif n’est pas celui d’être leader. Certes, cette position nous conforte dans le choix de notre concept… mais le leadership amène tellement de jalousie que je m’en serais bien passé !
Je n’aimerais pas connaître la faillite de mon entreprise, j’y ai mis tellement d’énergie et j’y ai sacrifié tellement de moments de grimpe….
Contrairement aux premières salles Altissimo dans lesquelles on ne grimpait qu’en moulinette, les nouvelles (Saint Martin, Odysseum) permettent de grimper en tête, nostalgie de la falaise ou volonté d’amener les pratiquants à découvrir les sensations d’engagement en plus de ceux liés à la verticalité ?
On revient au début de l’interview… mon objectif c’est de rendre l’escalade accessible au plus grand nombre… on grimpe donc en moulinette dans les salles Altissimo sauf aux endroits où le profil rend l’escalade en moulinette plus dangereuse que l’escalade en tête… c’est simple et rationnel.
De plus, en tant que grimpeur, je ne vois aucun intérêt à grimper en tête en salle. Les normes nous imposent tellement de points que l’on ne fait plus que mousquetonner. Et à ceux qui me disent préférer s’entraîner en tête dedans pour s’habituer à l’extérieur, je réponds qu’ils n’ont pas dû beaucoup grimper dehors pour croire que mousquetonner en salle, cela donne des ailes en falaise…
Les salles Altissimo sont toutes des salles à cordes. On voit les salles de bloc exploser, mais tu demeures convaincu du bienfondé d'une salle à cordes, tu peux nous éclairer sur ce point?
L’ouverture des salles de blocs/pan explosent parce que le local est plus facile à trouver et que l’investissement est moindre que pour une salle à cordes. Mais ce n’est pas parce qu’on ouvre une salle de blocs/pan qu’elle est forcément rentable… Nous n’avons pas assez de recul sur ces ouvertures récentes… et sur les premières salles de pan ouvertes il y a quelques années, à part quelques exceptions (salles Grimper), ce n’est pas la gloire…
La salle à cordes reste à mon avis bien plus motrice auprès du grand public. Je ne dis pas qu’on n’arrivera pas à faire fonctionner une salle de blocs avec le grand public, mais pas encore… L’image de l’escalade auprès du grand public, c’est encore Patrick Edlinger, Alain Robert ou Catherine Destivel (son nouveau film documentaire « Au-delà des Cimes » vient de sortir). La salle d’escalade idéale, c’est celle qui propose les deux activités. La salle à cordes pour le spectacle, l’émotion, le vide (même en moulinette !), la complicité à deux. La salle de bloc, pour une séance proche du fitness, pour des gens qui ont moins de temps ou qui sont seuls.
Que penses-tu qu'il manque (encore) à l'escalade pour que ce sport bénéficie un jour d'une reconnaissance plus large?
Des salles, des salles et des salles…et quelques figures charismatiques
De ses 15 ans d’exploitation et de développement des salles Altissimo, quel est le meilleur souvenir que tu conserves en mémoire ? Et le pire ?
Le meilleur : la création et l’inauguration de la salle de Saint-Martin, un projet « tout Altissimo » à 1,3 M€.
Le pire : le récent décès de mon ami, sculpteur de prises et créateur du logo, Fred.
La passion est-elle restée intacte ?
Elle est restée intacte. Je suis seulement déçu de la méchanceté et la connerie humaine (du milieu), notamment au travers des Forum accessibles par le net.
Quelles autres questions aurais-tu aimé que l’on te pose ?
Les objectifs d’Altissimo à dix ans ?
Fan de blocs ou fan de voies ?
Merci à Olivier Marinx pour son témoignage
Propos recueillis par Fred Kalern
Photos Eric Demay et collection Olivier Marinx
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