| Pierre Clarac |
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L’itw publiée dans EM23 , ici en intégralité
Pierre Clarac
Un englishman in New York ? Non, un marseillais à Bavella ! Quand il a mis les pieds sur l’île il y a vingt ans, il a complètement craqué pour les lieux. De répétitions en ouvertures, il n’a cessé d’y revenir, laissant au Massif quelques uns des plus beaux et des plus accessibles itinéraires du secteur. Rencontre avec un vrai passionné du maquis.
Quelles sont les voies abordables que tu conseillerais pour faire ses premiers pas à Bavella ? Dans les voies faciles, il y a l’arête de Zonza. Mais elle n’est pas forcément super équipée. Il y a quelques spits. L’endroit est vite sauvage, à part le secteur de l’école, au col, où il y a à la fois des voies d’une longueur et des « petites » grandes voies, de 3 longueurs, bien équipées, qui sont parfaites pour se mettre dans l’ambiance. D’une manière générale, à Bavella, il faut quand même être autonome, même si on ne grimpe que dans des lignes en 5. Il faut être un peu à l’aise, être capable d’évoluer en terrain d’aventure, en rajoutant un peu des sangles dans les lunules, des friends ici ou là. Mais le rocher s’y prête bien. Comment as-tu découvert Bavella ? Avec des amis grimpeurs, il y a 20 ans. J’ai halluciné, il y avait du rocher partout. J’ai d’abord commencé par grimper là les étés, par répéter les itinéraires classiques, puis de fil en aiguille, comme je continuais à aimer et que j’avais à peu près épuisé ce qui était faisable, je me suis naturellement mis à équiper, à repérer des lignes, à tracer des chemins à travers le maquis pour accéder à de nouvelles faces. Ici les accès sont difficiles, ça demande un effort de la part du grimpeur, tout n’est pas donné clé en main, mais c’est aussi ce côté nature, aventure, qui est super sympa. J’aime beaucoup, je reviens régulièrement, au moins une semaine par an. Avec des clients ou en famille. Quelle relation as-tu avec les corses ? Je ne suis pas mal accepté. Je pense qu’ils ont senti que j’étais en harmonie avec le lieu et avec les gens, que je respectais l’endroit et ce qui s’était fait avant moi. Il y a un lien très fort qui dépasse l’escalade, parce que je viens en famille ici depuis des années et qu’il s’est tissé quelque chose. Jean-Paul Quilici, qui est à l’origine de beaucoup de voies ici, a vu d’un bon œil, je pense, qu’on équipe des lignes nouvelles, abordables, où l’on peut facilement emmener des gens. Je m’entends bien aussi avec la jeune génération, des gens comme Jean-Michel Bordeaux, Didier Mighelli (un super grimpeur), Eric Biancarelli (qui a une super éthique, pas à ferrailler et à mettre des points partout sans réfléchir) ou encore Carlos Ascensao, pour qui j’ai beaucoup d’affection (je l’ai connu jeune, avant qu’il passe le BE et je l’ai vu évoluer, jusqu’à aujourd’hui où il ouvre de très belles lignes sauvages, en terrain d’aventure !).
Pierre Clarac avec son pote Carlos Ascensao, autre figure de Bavella
Qu’est-ce que tu apprécies à Bavella ? C’est un endroit magique parce que tu n’es pas trop loin de la civilisation (à 1h de Porto Vecchio) mais qu’en même temps, tu es coupé du monde. Pas trop loin mais dépaysant. Dans les Calanques, c’est un peu ça aussi, il faut marcher mais ici, c’est moins organisé. Le portable ne passe pas toujours. Un autre aspect plaisant est que l’endroit est chargé d’histoire, une histoire cachée, anonyme. Il y a plein de grimpeurs qui ont apporté leur pierre à l’édifice et depuis très longtemps. Des gens comme Werner Krah, Gilbert Carpentier, Barney Vaucher, entre autres, qui ont sévi ici dès les années 60 et ont fondé les bases de l’escalade à Bavella. Je pense aussi à des gens comme le cannois Serge Moulières : il a tracé des itinéraires très intelligents, comme Caniveau vertical ou encore L’Equipage aux Teghie Lisce, avec une vraie philosophie et une recherche (pas du genre je bétonne pour bétonner, mais en protégeant les zones en dalle tout en laissant les fissures vierges). Est-ce que tu équipes pour toi ou pour les autres ? Je considère que l’équipement fait partie d’une des « missions » d’un BE. J’ai toujours souhaité être actif de ce côté-là A Bavella, je l’ai fait sur mes propres deniers et j’ai équipé des voies dans le niveau où je grimpais. Il s’agissait avant tout de grimper, de découvrir de nouveaux endroits, de valoriser des secteurs. Pas d’ouvrir pour laisser une trace ou pour exister aux yeux du monde de l’escalade, pour avoir son nom dans un topo ou se faire mousser. C’était pour le fun, pour la magie du moment. Pour le plaisir qu’on éprouvait avec les copains dans ce terrain de jeu formidable. Il y avait une belle alchimie, une super ambiance, tous les paramètres étaient réunis. Parfois c’étaient des bouses, parfois c’étaient de beaux trucs. Je n’ai jamais calculé. Mais il ne s’agissait ni d’envoyer les gens au carton, ni de faire des échelles de spits. J’ai fait des voies pour que les autres puissent les refaire, y trouver du plaisir dans leur niveau. Il y a une forme de responsabilité, celle du professionnel, même si ça reste de l’escalade et qu’il faut quand même grimper entre les points. Une voie comme Alexandra, par exemple, à la Punta Rossa, demande un peu d’expérience, même si elle n’est pas très difficile. Mais elle est plus « moderne », plus « prisue » que le Dos de l’éléphant par exemple, qui est sensiblement dans les mêmes eaux en cotation, mais qui est dans un style plus chamoniard, plus en friction, et qui surtout n’a pas été ouvert à la même époque et reste donc plus engagée.
C’est sûr que ça fait plaisir, ça flatte l’ego, c’est logique. C’est toujours mieux que d’entendre dire « Quelle merde, cette voie ! ». Mais il ne faut pas accorder trop d’importance à ça. Ce qui compte, c’est de faire, d’agir. Il faut garder de l’humilité, tenir sa place. Combien de voies as-tu équipées dans le massif ? Pour le nombre de voies, c'est dur à dire, je n'ai pas trop compté.... Je dirais, entre 30 et 40 voies de 150m à 500m. Après il y a des voies où il n’y a rien, qui ne sont même pas mentionnées dans un topo parce qu’elles ont peu d'intérêt. D'autres sont plus accomplies, plus belles et méritent d'être parcourues. Certaines sont devenues des classiques : Patrimonio, Alexandra, Resistanza, Altore, Petra Tonda, Bon pied bon oeil, Amicizia... En équipement et en ouverture de voies, tu dois toujours faire tourner 3 fois ta mèche avant de percer un trou.... La boulimie mène souvent à l'indigestion. C'est bien ne pas trop être "collé" à ça, de prendre un peu de distance... On n’équipe pas pour équiper, ça n'a pas de sens, encore moins à Bavella où le mot respect résonne dans tous les sens ! Ces voies sont le reflet de ma passion pour l'escalade, elles ont cristallisé une énergie à un moment donné, elles sont surtout ma façon de remercier ce fabuleux terrain de jeu, ce support à l'escalade totale ! Comment choisis-tu le nom de tes voies ? Le nom des voies est un sujet très intéressant ; surtout, ici, où le parler, non seulement est différent mais révèle une identité forte et ténébreuse... Oh, c'est leur montagne, et toi le français, tu ne vas pas leur salir leur montagne avec de la ferraille ! Donc au début, il nous semblait important, à Jean Louis et moi, de donner des noms à consonance "corses"... du style Patrimonio. C'était en fait parce que tous les soirs au camping, nous abusions un peu du breuvage rosé local ! La voie aurait d'ailleurs du s'appeler "ralentis le Patrimonio !" mais la notion négative a vite disparu : on dit maintenant Patrimonio et nous avons continué à boire et à ouvrir ! Dans nos débuts aussi, "Bon pied bon oeil " a une histoire : d'abord, effectivement Jean Louis a ouvert la voie avec un orteil fracturé et un chausson en 46 ; et moi, j'ai pris un éclat de granit dans l'oeil au premier piton que j'ai planté au départ. Au moment de choisir un nom, nous avons pensé à ce Bon pied bon oeil très policé et passe partout, histoire de pas choquer ! Mais au moment d'écrire fièrement le nom dans le livre d'or, le ministre de l'escalade local nous a fait comprendre qu'il fallait absolument traduire ce titre, qu'ici, on ne voulait que des noms en "u" (en fait "ou") et en "i", avec des "e" à la place des "a", des "h" et des "g" partout ! Il n'y en avait pas beaucoup dans notre phrase ! Le rocher était corse et donc que les noms seraient corses ! Point barre! Bon, nous on n’a pas voulu les mettre en colère, on n’était pas forcément contre... Peu doués en traduction primitive, nous lui avons laissé le soin de la faire. Il en est sorti une phrase incompréhensible que nous avons été incapables de retranscrire sur le livre ! Discrètement et en petit, nous avons gardé notre appellation d'origine et personne ne s'en est plaint. Comme quoi, qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse! Resistenza est un nom plus "corsisé", il relate une époque où les relations avec les gens de Bavella est établie. Nous vivions au col et recevions forcément plus d'influences locales ! C'est une voie aboutie, qui demande de l'investissement sans être inaccessible, il y a une vraie philosophie dans l'équipement, la ligne, le lieu et le nom. Au niveau éthique comme pour résister au « tout prêt-tout fait », tout spit, il a ce rappel à l'ordre, cette ouverture vers la vraie dimension du massif ! Résister pour le Graal et sa conquête en haut ! A la Punta Macao, c'est Massilia S System, parce que c'est avec Niko, il écoutait ça, c'est un moment de vie... et Aïoli bar, c'est pour l'auberge! C'est un peu comme la famille... C'est important pour mes enfants... Ils s'y sentent protégés... U Haddad, c'est pour un mec génial, serveur à l'Auberge, qui n'a jamais grimpé mais qui a marqué le monde des grimpeurs : par sa facilité à offrir des tournées, certes, mais aussi par sa faculté de rassembler, de faire se rencontrer les gens, d'éclairer la terrasse avec son sourire de minot ! Nous étions les "useurs de rocher" et lui son canyon, c'était la fontaine ! Avec vue sur les Schtroumpfs, avec Didier Mighelli à la Vacca, c'est pour les bandes de petits casques bleus C.A.M.P. dans la rivière, que tu vois d'en haut quant tu grimpes !!!! Tu peux aussi facilement reconnaître le chef... ( Il a un turban ! lol !...). C'était une façon pour Didier de rejeter aussi le cirque dans le canyon et ces cargaisons de touristes... No comment !
1. 24-04-2009 18:07 salut je ne connais pas mais j aime bien ta philosophie ne change rien ciao a plus 2. 05-05-2009 21:04 Un grand monsieur! 3. 18-05-2009 13:22 decouvrir l escalade avec Pierre Clarac est un point de non retour c est une experience unique Only registered users can write comments. |
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