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Parfois, je me demande si la scorecard n’est pas au grimpeur (moderne ?) ce que les Mille e tre sont à Don Juan, c’est-à-dire une collection un peu vaine, quoique bien agréable à constituer. A l’excitation de la découverte succède le plaisir de la traque, puis celui décuplé de la conquête, pour aboutir à l’inévitable fanfaronnade finale : recherche de la ligne, travail de la voie, enchaînement, communication.
Humm, encore un effort, la croix est proche...
Un tableau féminin suffisamment équilibré et diversifié assurera à notre Burlador de Seville une réputation bien au-delà des frontières. Celui qui coche la même année des voies aussi célèbres et dans des styles aussi opposés que La Rambla ou Action direct a en effet plus de chances de faire des envieux que celui qui se contente de ratisser la falaise de son quartier, si grande soit la résistance que les filles y opposent.
Cela dit, établir une collection selon un ordre pré-déterminé et un cérémonial ritualisé, c’est aussi révéler une tendance profonde de sa personnalité, celle qui consiste à s’enfermer dans un univers contrôlable et intellectualisé dans lequel on se réfugie. Doux plaisir à s’entourer d’objets esthétiques et à se remémorer les plus belles pièces de son tableau de chasse.
La logique accumulative du collectionneur cède quand même souvent le pas sur la logique qualitative car plus le challenge est beau, plus grande est la reconnaissance du milieu. Ainsi, même si elle a déjà connu quelques répétitions, la croix du sémillant Nicolas ( Carlita, un 8c de belle facture) aura toujours plus de valeur aux yeux de la communauté que celle du jeune Bernard ( Roseline, un bon 5+ légèrement patiné).
Bref, rien de bien méchant dans tout cela… A première vue, car que devient le rocher dans l’affaire ? Le personnage mythique est un jouisseur libertin qui s’affranchit des règles, il peut donc aussi devenir cynique et destructeur. L’autre n’existant pas en soi mais seulement pour l’intérêt et la satisfaction qu’on en tire, notre Don Juan des falaises n’aura guère de scrupules à tailler ou à sikater quelques prises au passage, pour accroître son plaisir et assouvir ainsi un féroce appétit de réalisations.
Dans le mythe classique, seule la rencontre décisive avec l’énigmatique Convive de pierre vient interrompre cette quête effrénée. Le transgresseur affronte son juge, tout droit sorti de l’au-delà. Eros et Thanatos. Le déchaînement érotique prend fin avec la mort. Mais au fond, n’est-ce pas aussi ce qui attend nos petits Casanova du burin ?
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